Raconte-moi la radio

Radio Normandie

Dans les années 30, les premières radios libres commencent à diffuser en France informations et musique . 

L'une de ces célèbres stations s'appelait Radio Normandie.

Elle émettait depuis Fécamp puis Yvetot dans le pays de Caux. Le poste était très écouté dans l'ouest de la France et ses émissions en anglais le dimanche étaient suivies par un large public privé de radios commerciales.

On la recevait à Paris, à Londres, à Boston et même, dit-on, .... au Japon.

Première radio privée de province, Radio Normandie assurera un service régulier jusqu'à la guerre de 39-45 qui verra la destruction de son émetteur. A la Libération, l'Etat s'empare du monopole des ondes et après trente années de service comme relais de ses programmes nationaux, le retour des radios privées (radios libres) dans les années 70 précipitera le démantèlement de la station

Nous allons raconter l'histoire de cette pionnière dans le monde de la radiodiffusion.

Le projet d'un homme de conviction

Fernand LE GRAND, était le petit-fils de l'inventeur de la Bénédictine, célèbre liqueur de Fécamp. Marconi n'était-il pas le petit-fils du fabricant de whisky Jameson ?

Entré pour ses études secondaires au Collège Stanislas à Paris, il a la chance de rencontrer Edouard Branly. 

Le savant lui fait l'amitié de le recevoir dans son modeste laboratoire de l'Institut Catholique de Paris. C'est pour Fernand, jeune homme curieux, la révélation.

Cette rencontre providentielle va donner naissance à une véritable vocation. Délaissant des études en droit, il va se consacrer à la radio, nouvelle technique qu'il sent promise à un avenir certain.

Le Radio club de Fécamp, créé en 1923, se propose de réunir les pionniers sans-filistes de la région.

Fernand Le Grand, vite remarqué pour ses compétences et son dynamisme est élu président du club.

Aidé de quelques amis dévoués, il se met à l'ouvrage pour construire un poste émetteur. 

L'administration des PTT lui attribue l'indicatif  8IC

Rappelons que le premier radioamateur français à avoir été autorisé par l'Administration à émettre avait reçu l'indicatif 8AA quelques années auparavant.

Dès 1925, des essais de transmissions sont effectués, le soir, sur 200 m de longueur d'ondes.

Depuis le tout premier émetteur de 20 W

En 1926, l'émetteur 8 IC fonctionne une bonne partie de l'hiver en téléphonie avec quelques watts seulement.

En télégraphie, il est entendu dans toute l'Europe et jusqu'en Amérique à Washington.

Le 18 novembre 1926, 8 IC abandonne son caractère de poste particulier et prend le nom de "Radio Fécamp".

Avec les ressources du Club, venant s'ajouter aux sommes offertes par Fernand Le Grand, de nouveaux changements sont apportés.

La puissance est poussée à 50 watts en phonie.

Les artistes régionaux prêtent très aimablement leur concours et rivalisent de talent pour donner aux émissions de Radio Fécamp un intérêt véritable.

Les techniciens amateurs, parmi lesquels René Legros, vice-président et son fils Pierre, perfectionnent la modulation et en 1927, les résultats dépassent toutes les espérances : Radio Fécamp est parfaitement entendue non seulement à Fécamp et dans la région, mais au Havre et à Dieppe.

Les émissions ont lieu le samedi de 20h30 à 22h (le jeudi à partir de février 1928).

Les frais d'émission devenant de plus en plus lourds, le Radio Club ne peut faire face à ses dépenses avec les cotisations de ses sociétaires. Un appel à la publicité est donc décidé.

En 1928, un décret fixe le statut de la radio. L'État crée son propre réseau d'émetteurs publics, les postes privés sont maintenus mais soumis à autorisation.

Il faut attendre 1929 pour qu'un décret gouvernemental reconnaisse officiellement les droits de l'émetteur de Fécamp et le mettent au rang des 12 stations privées françaises qui existent déjà.

Profitant de la période des vacances, la station procède à la remise en état de son matériel. La nouvelle antenne placée au sommet de la colline a un rayonnement beaucoup plus grand. La hauteur des pylônes a été portée à 28 mètres. Elle sera portée à 50 m en 1932 et à plus de 100 m en 1933.

La longueur d'onde est fixée à 220 mètres en accord avec le plan international de Prague.

Pylones de 120 m de Radio-Normandie (1933)

Devenue Radio Normandie, elle diffuse tous les jeudis soirs un programme complet : informations régionales, concerts, accompagnés de quelques messages publicitaires.

En 1931, les programmes démarrent avec le carillon de la Bénédictine.

On découvre le jazz retransmis du Casino de Fécamp, le théâtre à la Salle Pleyel de Paris en direct et aussi les sports (boxe au Havre, football à Rouen). Les événements régionaux sont commentés grâce au service d'informations mis en place en 1933.

Un émetteur SFR de 25 kilowatts.

En 1932, se tient la Conférence européenne de Lucerne qui procède à la répartition des longueurs d'ondes disponibles entre les différentes stations.

L'application, au début de 1934, du plan de fréquences décidé à Lucerne, faillit être fatal à Radio Normandie.

La station fut reléguée sur l'onde commune de 200 m, la plus basse avec une puissance très faible.

Cette décision fut heureusement réexaminée par le ministère des PTT qui permis à Fécamp d'utiliser la longueur d'onde de 206 m, initialement réservée à la Tour Eiffel et disponible à l'époque.

Afin d'éloigner la station d'émission de la ville de Fécamp et d'éviter les nuisances de l'émetteur dont la puissance s'était accrue, il est décidé de construire un émetteur près de Louvetot (20 km au sud de Fécamp).

Le 30 novembre 1935 la première pierre du futur Centre Emetteur de Louvetot est posée en présence de Georges Mandel, ministre des PTT de l'époque.

Le 12 décembre 1938, les travaux d'installation sont terminés.

L'émetteur est relié aux studios de Caudebec qui sont à 6 km par un câble contenant plusieurs lignes téléphoniques.

Les émissions cessent à partir de Fécamp et reprennent aussitôt depuis la nouvelle station sur 274 m.

Le nouveau poste sera inauguré officiellement le 4 juin 1939, mais les émissions cesseront le 7 septembre, suite à la déclaration de la seconde guerre mondiale.


La station reprendra ses émissions après la fin des hostilités et cessera définitivement son activité vers 1970.


Radio Normandie - Le bâtiment principal et la base du pylône de 170 m
CPA datée du 9 août 1939

La carte ci-dessus montre la nouvelle installation inaugurée 2 mois plus tôt. La station cessera d'émettre juste un mois plus tard suite à l'entrée en guerre de la France.

Sur l'image on distingue parfaitement le feeder - un tuyau de porcelaine recouvert de cuivre - suspendu à des poteaux en ciment en forme de crosse, qui relie l'émetteur à l'antenne.


ooOoo

En conclusion on peut dire que Radio Normandie est l'œuvre d'un homme qui a osé "inventer", avec un groupe d'aventuriers qui, sans doute, n'ont compté ni leur temps, ni leur peine, un nouveau moyen de communication qui a révolutionné notre vie de tous les jours.

Sources :

  1. Le site web de Radio Normandie

© 2000-2007 Pierre Dessapt