Raconte-moi la radio

La Radio au Canada

Le temps de la télégraphie

Le Canada a été l'un des premiers pays au monde à mettre en place un réseau de postes radiotélégraphiques.

Télégraphiste "at his key" à la station Marconi de Siasconset (Massachusetts)

Cet élément notoire est sans doute la suite logique des expérimentations faites par Marconi autour de 1900 et du succès de ses essais de liaison transatlantique entre Terre-Neuve et Poldhu.

Mais cet intérêt pour la radio est dû aussi à une prise de conscience rapide de l'intérêt de ces techniques nouvelles par les investisseurs locaux.

A cette époque cependant, la compagnie Anglo-American Cable, qui possédait le monopole des communications télégraphiques entre Terre-Neuve et l'Angleterre, ne prêta d'abord guère attention à l'entreprise hasardeuse de l'ingénieur italien; car à ses dires, l'expérience de Télégraphie Sans Fil de décembre 1901 n'était qu'un immense bluff de la compagnie Marconi.

Il en fut tout autrement lorsqu'elle constata que des signaux avaient bel et bien franchi l'Atlantique via l'éther.

La compagnie Anglo-American comprit bien vite que l'avenir du câble sous-marin était menacé. Marconi reçut alors, un beau matin, l'ordre de déguerpir dans les plus brefs délais de Signal Hill, sur l'île de St Jean (St John's Island) où était installé sa station expérimentale.

Il quitta effectivement Signal Hill et entreprit la construction d'une nouvelle station à Table Head en Nouvelle Ecosse (Nova Scotia) à l'Est de Glace Bay.

Ce lieu accidenté du littoral Est de l´île du Cap-Breton est un vaste promontoire dénudé qui domine l´océan Atlantique. Le terrain est encerclé par des falaises de 18 mètres de haut.

Station Marconi de Glace Bay (vers 1910)

En 1907, Marconi ouvrira depuis cette station un service radiotélégraphique avec la station de Clifden en Ireland.

La première mention de radiotélégraphie dans les rapports officiels du gouvernement canadien remonte à 1904.

L'initiative de faire bénéficier le Canada de cette invention revient vraisemblablement à Raymond Préfontaine, alors ministre de la marine et des pêcheries qui fut aussi maire de Montréal.

Cet homme de grande clairvoyance avait bien vu l'intérêt de la radiotélégraphie pour la navigation.

A partir de 1904, le gouvernement canadien va demander à Marconi de sécuriser la route maritime du St-Laurent en installant un réseau de stations de télégraphie.

Grâce à une douzaine de stations installées le long de la baie du St-Laurent, il devint rapidement possible de suivre les navires depuis 100 milles au large de Belle-Isle jusqu'à Québec, quel que soit le temps et la saison.

L´indicatif VAS qui signifiait  « Voice of the Atlantic Seaboard » (voix de la côte atlantique), était le code d´identification du service de liaison commerciale radio de Marconi.

En 1907, Lee de Forest, concurrent de Marconi, obtint du gouvernement canadien l'autorisation de construire lui aussi une station expérimentale sur l'île Grindstone ainsi que 5 stations terrestres dont une à Québec.

En 1908, il est même contraint de déplacer sa station tant elle est complètement brouillée par la station Marconi installée à la citadelle de Québec !

Le problème des interférences radio ne date pas d'aujourd'hui !!

La convention de Berlin de 1906 (the International Wireless Telegraph Convention signée par 27 pays), qui fit suite à la toute première convention de 1903, viendra à temps pour mettre un peu d'ordre dans les communications télégraphiques.

En 1908, le Canada est le premier pays à appliquer l'idée émise par la France en 1903, d'émettre des signaux horaires.

Phare de Cape Race et station de radiotélégraphie

Au printemps de 1912, un bien triste événements vint jeter la consternation dans le monde des marins. Un poste appartenant au gouvernement canadien, celui de Cape Race, à Terre-Neuve, est la première station terrestre à apprendre l'épouvantable catastrophe du Titanic qui se déroulait à moins de 400 miles au large.

"My God, Gray, the Titanic has struck a berg!"

Mon Dieu, le Titanic a heurté un (ice)berg cria l'opérateur ( Wireless operator )Jack Goodwin de Cape Race, à ses collègues Walter Gray et Robert Hunston, après avoir décrypté le message de détresse du navire.

De nombreuses autres stations jalonnent déjà à cette époque la côte atlantique du Canada pour sécuriser la navigation maritime. La station de Cape Sable, par exemple était installée à la pointe sud de la Nouvelle-Ecosse.

Les émissions parlées ...

la Grande Guerre éclate à l'aube du développement de la TSF. Au Canada comme dans le reste du monde, elle est "confisquée" par les militaires qui interdisent toute émission civile même pour les radios amateurs.

L'Armistice signée, la réglementation s'assouplie et la radio investit à nouveau le domaine public.

Les industriels qui ont participé à l'amélioration des techniques et des matériels en équipant les armées, sont pressés de s'implanter sur un marché civil qui semble prometteur.

Le canadien Fessenden a réussi à transmettre la voix humaine par la voie des airs

et la radiophonie est inventée.

La Canadian Marconi Wirless Telegraph Co. est créée en 1918 et une usine est installée rue William à MONTREAL.


Plaque émaillée publicitaire de la Marconi Wirless Telegraph

Une station de radio expérimentale est mise en service dans l'usine, avec pour objectif initial de faire des démonstrations d'émissions radiophoniques et musicales à titre publicitaire.

Elle reçoit en novembre 1918 une autorisation officielle du gouvernement d'émettre avec l'indicatif  XWA.

L'émetteur à onde entretenues (CW) est équipé de lampes récemment mises au point.

En 1919, la station devient une Radio commerciale anglophone et reçoit l'indicatif définitif CFCF.

A la même époque, Westinghouse, concurrent direct de Marconi, démarre la station KDKA à Pittsburgh. 

3 ans plus tard, le 27 septembre 1922, la station CKAC de langue française est créée. Elle partagera la même antenne que CFCF jusqu'en 1927 (émetteur de 5 kW sur 730 kHz - antenne à Ste Hyacinthe).


Il est intéressant de noter que ce sont des journaux qui ont établi les premiers postes francophones. 

Après CKAC, il y a eu :

  • CHLP du journal La Patrie, en 1932 ; 

  • CHLT du quotidien La Tribune de Sherbrooke, en 1937 ;

  • CJBR du journal Le Progrès du Golfe de Rimouski, en 1937 également ; 

  • CKCH du journal Le Droit de Hull, en 1939.

Côté anglophone, un nombre important de stations fonctionnent dès 1923. On peut citer :

  • CFCA, CFTC, CHCB à Toronto

  • CFCB, CFYC  à Vancouver

  • CFCN à Calgary

  • CHCF à Winnipeg

  • CHCX, CHYC, CJBC à Montréal

  • CJCS à Halifax

  • CKCR à St Jean (Terre Neuve)

Ont peut aussi citer les émetteurs suivants présents dès 1926 - accompagnés de leur indicatif (slogans) parlé :

  • CFCT    Victoria BC              "The Mecca of the Tourists"

  • CFLC                                      "Voice of the Mighty St Lawrence" (1931)

  • CFCO                                     "Coming from Chatam - Ontario" (1931)

ooOoo

... et la réception

Il ne manque plus que les auditeurs !!

Afin de répondre rapidement à la demande d'un nombre croissant d'auditeurs, la Canadian Marconi Wirless Telegraph Co se lance dans la fabrication en série des postes de Radio :

  • Postes à galène à bon marché pour une production de masse (12 CAD chez Wenderloch & Co. le meilleur magasin de Montréal à l'époque),
  • Poste de luxe à pavillon (100 CAD chez le même vendeur) pour les plus fortunés.
ooOoo

Au cours des années 1930 à 1935, le gouvernement canadien va organiser la mise en service de nouvelles stations de façon à couvrir l'ensemble du territoire. On peut citer encore quelques indicatifs historiques :

  • CNRO à Ottawa
  • CNRW à Winnipeg
  • CNRV  à Vancouver          Vancouver BC : "Voice of the Pacific"

La Radio va devenir le moyen de communication privilégié dans cet immense pays au climat rude en hiver, où cohabitent descendants d'immigrés européens, asiatiques arrivés plus récemment et amérindiens.

Sources : 

  1. La radio et ses inventeurs - Jean-N. Paquet - Editions Naaman - Sherbrook - Quebec - Canada

© 2000-2007 Pierre Dessapt