Raconte-moi la radio

Le Poste Parisien

Dans les années 1920, juste après la fin de la Première Guerre Mondiale, nous sommes à une époque où la radio s'appelle encore la TSF et où, en France, les émissions se limitent à l'envoi, en Morse, de signaux à usage particulier (signaux horaires, météo, informatons administratives, ...).

Après un séjour aux USA où il a entendu fonctionner les stations de Radio américaines, Emile Girardeau, Directeur et fondateur de la SFR, pense qu'il est temps de lancer les premières stations privées françaises.

Comme il le répètera à de nombreuses reprises à l'époque, les consommateurs ne peuvent avoir envie d'écouter la Radio et d'acheter un récepteur que s'il permet de recevoir quelque chose d'attrayant. Pour vendre, il faut commencer par faire des émissions de qualité et d'un caractère artistique élevé comme le dira le speaker Radiolo à l'ouverture de la première station commerciale Radiola.

Les débuts de la radiophonie

Dès le début des années 1920, la Compagnie Générale de TSF (CSF) commence à fabriquer des matériels de radio électricité en particulier pour répondre aux besoins de l'Administration française (Armée, ministère des postes).

Rapidement elle va développer plusieurs filiales dédiées à la radiodiffusion.

A partir de 1921, sa filiale Radio-France, par exemple, exploite à Sainte Assise, près de Melun, une station intercontinentale assurant des liaisons vers l'Europe, l'Amérique et l'Extrême Orient en vertu d'une concession de l'Etat de 30 ans signée en 1920.

Cette station de très forte puissance à essentiellement pour vocation de transmettre des informations administratives (services des télégrammes, liaison avec les Territoires français hors de la métropôle, bourse, commerce international), d'assurer des liaisons stratégiques militaires et de sûreté territoriale et de transmettre des informations spécifiques à la radionavigation maritime et aérienne (heure, météo, ....).

Une autre filiale, la Société Française Radioélectrique (SFR), débute la construction en série des premiers postes récepteurs français sous la marque Radiola dans une entreprise située à Levallois-Perret.

L'entreprise fabrique en même temps des ensembles émetteurs de puissance qui seront implantés sur le territoire français ou vendus à l'exportation dans le monde entier.

Afin de pouvoir tester ses propres matériels, Emile Girardeau demande à l'Administration des PTT, une autorisation pour effectuer des émissions de radiodiffusion. Une autorisation limitée est accordée début 1922 et les émissions expérimentales de la station qui sera appelée Radiola démarrent en juin 1922.

D'autres groupements financiers vont aussi demander des autorisations de construction et d'exploitation de stations de radiodiffusion pour répondre à l'attente d'un public nombreux qui souhaite avoir accès à cette nouvelle forme d'information.

Les premiers essais de radiodiffusion effectués à partir de l'émetteur de la Tour Eiffel et les premières émissions de RADIOLA, ont en effet séduit un large public qui aspire désormais à une information plus large et à un accès aux nouvelles émissions de variété qui commencent à se structurer dans des programmes quotidiens voire ininterrompus au cours de la journée.

Arrivent aussi les "journaux parlés" qui apportent des informations générales et politiques et aussi commencent à retransmettre des reportages sportifs en direct ou différé.

Parmi les investisseurs on va rapidement retrouver les organismes de presse qui ont bien compris que la Radio représentait un concurrent sérieux à la presse écrite et risquait d'empiéter largement sur sa zones d'influence et de recette financière (publicité, abonnements , ...)

C'est ainsi que Paul DUPUY, directeur du quotidien le Petit Parisien qui se targue à l'époque d'être « Le plus fort tirage des journaux du monde entier » va décider d'investir dans une station de radiodiffusion .

La station commence à émettre le 30 mars 1924 sous le nom de Poste du Petit Parisien à partir d'un studio situé 18 rue d'Enghien à Paris, dans l'immeuble qui abritait le service de rédaction et l'imprimerie du Petit Parisien.

L'émetteur de faible puissance (0,5 kW) était installé sur le toit de l'immeuble.

La Radio a au départ un peu de mal à trouver sa place au milieu d'autres stations parisiennes et en particulier de Radiola qui a déjà une audience importante et des auditeurs fidèles, qui ne voudraient rater les émissions de son speaker Radiolo dont la célébrité commence à dépasser les frontières de Paris.

Le 10 novembre 1930, la station de radio prend le nom de Poste Parisien, et sous l'impulsion de Roger Sallard en particulier elle va se transformer pour devenir une grande station populaire.

Maurice BOURDET, ancien journaliste au Petit Parisien, créera le journal parlé et en deviendra le rédacteur en chef jusqu'au début de la guerre où il rejoindra le maquis.

Avec la mise en service le 25 avril 1932 d'un puissant émetteur de 60 kW à Limours (Dans l'Essonne près de Saint-Remy-les-Chevreuse)), elle devient une des radios les plus puissante de France et sera audible sur tout le territoire français mais aussi dans une grande partie de l'Europe et en Afrique du Nord. Le matériel avait été fourni et installé par la SFR et la qualité de l'émission faisait la fièrté des ingénieurs de la Société rapportent des écrits de l'époque.

La station propose un programme populaire avec des jeux, des feuilletons et de grandes émissions de variété présentées en public.

A cette époque tout est en direct, le développement du magnétophone restant encore à faire.

Ses studios ultra modernes seront installés au 116 bis avenue des Champs Elysées (bâtiment abritant aujourd'hui le Lido).

Le Poste Parisien émettra jusqu'en juin 1940, date de l'entrée des Allemands dans la Capitale et date à laquelle le poste se saborde.

Les occupants installeront leur "Radio Paris" nazie dans ses studios requisitionnés durant toute la guerre.

C'est de ces studios que les Parisiens entendront aussi la première radio libérée de Paris en 1944.

Mais à l'issue de la guerre, le monopole de radiodiffusion sera déclaré et le Poste Parisien ne retrouvera pas sa fréquence.

A partir de janvier 1955, la société poursuivra son activité en se tournant vers la postproduction sonore en cinéma, tout en continuant de louer ses locaux du 116 bis Champs-Élysées , pour les chaînes publiques de radio et de télévision et des sociétés privées de cinéma.

En 1969, le célèbre LIDO prendra la place du studio de radiodiffusion.

L'émetteur du Poste Parisien


Poste Parisien
L'émetteur du Poste Parisien
Vue des locaux techniques et des 2 pylônes support d'antenne.

Poste Parisien
L'émetteur du Poste Parisien
Vue plus détaillée du local technique principal.

Il reste encore aujourd'hui quelques traces de cette ancienne installation.


Sources :

  1. Les sites web sur la Radio en France
  2. Le Livre sur l'histoire de la SFR

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