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La station radiotélégraphique de Ouessant

Ouessant est la quatrième île de la France métropolitaine par sa taille si l'on omet l’île d’Oléron, l'île de Ré et l'île de Noirmoutier qui sont désormais reliées au continent par un pont.

Distante de vingt kilomètres de la côte ouest du Finistère, longue de huit kilomètres et large de quatre, elle est la terre la plus occidentale de la France.


L'île de OUESSANT
En haut à droite le phare du Stiff

Origine de la station de radiotélégraphie

La station de radiotélégraphie de Ouessant, (indicatif FFU pour Française Fixe de Ushant) a été créée par Camille Tissot (1868 - 1917), brillant scientifique dans le domaine de la Radio, précurseur de la télégraphie sans fil, chercheur dont le nom reste quasi inconnu du grand public.

La passion des sciences lui ayant été transmise par son père Pierre louis Tissot , Camille obtient les grades de Licencié ès-sciences physiques et licencié ès-sciences mathématiques pendant son service actif.

Sur proposition de sa hiérarchie, Camille Tissot acceptera d’occuper une des chaires de Physique et Chimie de l'École Navale de Brest. Il restera de fait plus de 20 ans professeur dans cette école.

C’est aussi en qualité d'officier professeur à l'École Navale qu'il se consacrera à l'étude des oscillations électriques et à leurs applications dans le domaine de la marine.

Dès l’année 1896, alors que les travaux de LODGE et de MARCONI sur la T.S.F. sont encore très peu connus, TISSOT reprend les théories de HERTZ et les expériences d'Édouard BRANLY et d'Alexandre POPOV pour poursuivre des recherches parallèles et indépendantes.

Il construit lui-même son matériel de T.S.F. avec l’aide d’Édouard BRANLY et du constructeur Eugène DUCRETET qui lui mettra au point des appareils.

Le 3 août 1898, en présence du ministre de la Marine, il établit la première liaison radio opérationnelle française en mer : une liaison de 1 800 mètres entre le navire Borda et le sémaphore du Parc aux Ducs à Brest. Convaincu, le Ministre prescrit le 6 août au port de Brest, de financer l’achat de matériels pour permettre à Tissot de poursuivre ses essais.

La même année, Camille Tissot établit le contact radio entre l’île d’Ouessant et le Phare de Trézien (commune de Plouarzel) sur le continent, créant, de fait, la première station de TSF qui ait été installée en France.

L'année suivante, avec ses propres appareils, Camille Tissot monte une grande campagne d’essais et assure des communications par ondes hertziennes, d’abord entre différents points de la rade de Brest puis jusqu’à l’île Vierge (Plouguerneau) et le phare du Stiff (phare élevé au sommet de la falaise du Stiff, point culminant de l'île d'Ouessant) .

En 1899, Tissot publie au bulletin des travaux des officiers un rapport d’un intérêt historique remarquable dans lequel il décrit ses travaux et expériences. Il émet des réserves, à plusieurs reprises, sur la qualité de certains travaux de Marconi. A l‘époque de l’écriture de ce rapport, la TSF en tant que moyen opérationnel de communication est une technologie toute nouvelle. Rappelons que c'est le 28 Mars de cette même année 1899 que Marconi avait réussit la liaison entre DOUVRES et WIMEREUX dans la banlieue de Boulognes-sur-Mer, expérience largement médiatisée à l'époque.

En 1900, Tissot équipe la Marine Nationale de ses premiers appareils de TSF.

Après avoir déménagé ses expériences dans plusieurs lieux de l'île d'Ouessant, le matériel de Tissot sera installé en 1902 dans le phare du Stiff.

Avec l'Indicatif radio FFU (station Française Fixe de Ushant) cette station aura donc été dès 1904 la première station radio française opérationnelle. Elle assurait une liaison avec une flotte de plus de 80 navires.

Détruite en 1944 par fait de guerre, Ouessant TSF n'a jamais été reconstruite.

Elle a été remplacée en 1952 par la station Le Conquet Radio.

La station de radiogoniométrie de Ouessant Gonio, déterminait la position des navires des ballons dirigeables et des avions qui le lui demandaient . Vers 1920 cette station de radiogoniométrie assurait déjà de nombreux relèvements gonios journaliers pour sécuriser le vol des avions des premières lignes commerciales.

Rappelons que la radiogoniométrie a été développée vers 1906 par 2 savants italiens l'ingénieur Ettore BELLINI et le commandant de la Marine Italienne Alessandro TOSI (projet sur la directivité des ondes Hertzienne patronné par Edoardo Agnelli le fils du fondateur de la FIAT et appuyé par le gouvernement français).


La station cotière de OUESSANT (vers 1925)
Indicatif : FFU

Autre carte postale, datée du 14 juin 1911, qui montre la hauteur des pylônes implantés sur l'île de Ouessant située à l'extrémité ouest de la Bretagne dans le Finistère et soumise aux tempêtes et aux aléas climatiques.

Les plus grosses tempêtes ont lieu ici en général en février (en moyenne 21 jours par an, force 9 et plus sur l’échelle de Beaufort). Des « coups de tabac », avec des pointes de 180 km/h ont plusieurs fois été enregistrés.

Les antennes de la station avaient certainement été construites en prenant en compte ces contraintes météorologiques.


La station radiotélégraphique de OUESSANT
Vue générale sur les antennes

Informations complémentaires

On retrouve dans des archives anciennes issues de la presse (Archives du Temps de 1861 à 1940 sur Gallica, la bibliothèque numérique de la BnF), des informations relatives à la station radio du Bouscat près de Bordeaux qui assurait une fonction similaire à la station de Ouessant pour sécuriser la navigation aérienne et maritime sur l'Atlantique et vers les Etats-Unis.

Le 10 août 1919, Monsieur Chaumet, alors sous-secrétaire d’État des postes et télégraphes en France, venait d'ouvrir officiellement au public et à l'économie locale de Bordeaux, la station côtière de télégraphie sans fil du Bouscat. Cette station avait pour indicatif FFX.

A cette date il etait noté dans l'archive de presse qu'il existait déjà d’autres stations de radiotélégraphie opérationnelles en France telles celles de Boulogne-sur-Mer, Ouessant, Porquerolles (depuis 1904), les Saintes-Maries-de-la-Mer près de Marseille et Fort-de-l'Eau près d'Alger.

Dans ce même communiqué de presse, il est précisé que depuis le 15 mai 1910, 768 radiotélégrammes comportant un total de près de 100.000 mots avaient déjà été passés par les stations côtières françaises : Boulogne-sur-Mer 310 radiotélégrammes, Ouessant plus de 3000, Porquerolles 62, les Saintes-Maries-de-la-Mer 3082 et Fort-de-l'Eau 2230.


Sources :

  1. Le premier livre de l’amateur de TSF - Librairie Vuibert - Paris. Edition de 1924
  2. Wikipedia et des informations retrouvées sur Internet
  3. Certaines informations sont reprises de la source suivante : http://gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France.

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