Raconte-moi la radio

L'émetteur Radio télégraphique de LYON-la-DOUA

L'histoire qui va faire entrer la capitale des Gaules dans l'histoire de la T.S.F m'a été contée par M. Michel SIMEON, passionné de TSF, collectionneur averti et lyonnais de longue date.

Je tiens à le remercier d'avoir accepté que je complète ici un long extrait de son texte original.

ooOoo

Fin juillet 1914, le conflit est imminent. Le gouvernement français est conscient de la précarité des moyens de communication avec nos troupes et nos alliés. Le seul moyen de communication à longue distance opérationnel est l'émetteur de la "TOUR EIFFEL"... mais Paris peut être menacé en cas d'avance rapide de l'ennemi..

Schéma Emetteur à Etincelles

La situation de Lyon, ville éloignée du front, paraît favorable pour construire une station puissante.

Cette grande ville possède en plus une infrastructure industrielle importante dans de nombreux domaines et en particulier dans le domaine de l'électromécanique.

Sur le port de Marseille, dans des caisses, un émetteur "à étincelles" de 50 kW construit par la S.F.R. est en instance de départ pour Saïgon.

L'image ci-contre montre le schéma d'une telle installation.

Le Ministre de la Guerre, Messimy, décide le changement d'affectation

L'officier convoyeur, le Capitaine Péri de l'Infanterie Coloniale reçoit l'ordre de ne pas embarquer son matériel, mais de le transporter à Lyon et de le monter dans les meilleurs délais sur le terrain militaire de LA DOUA commune de Villeurbanne. L'ingénieur Joseph Béthenod de la S.F.R. lui apportera son aide technique.

Mat d'antenne

On recherche terrassiers, charpentiers, monteurs de pylônes, mais la main d’œuvre manque, car c'est la mobilisation.

François Péri est réputé pour son caractère très affirmé, mais il est efficace. Il parcourt les rues de Lyon et de sa banlieue. Clochards, ajournés, réformés sont requis, encadrés et mis au travail.

On monte les 8 pylônes de 120 mètres de haut, on tend les 13 câbles de 750 mètres de long, on installe les appareils dans des constructions provisoires en planches.

Deux mois après le commencement des travaux, vers fin septembre 1914, tout fonctionne et un premier contact est établi avec la Russie. La station va travailler pendant deux ans avec la Russie, la Serbie et la Roumanie, puissances alliées.

1916 voit construire les bâtiments définitifs en maçonnerie.

Mais la technique évolue vite !

En 1917, un émetteur à arcs permet d'émettre en "ondes entretenues".

Schéma d'un émetteur à arc Poulsen

Il est construit sur le principe de l'arc POULSEN et se compose d'une chambre très robuste en métal dans laquelle pénètrent 2 électrodes (cathode en charbon et anode en cuivre) de couleur sombre sur l'image ci-contre.

L'arc électrique enfermé dans le champ d'un énorme électroaimant génère des ondes radioélectriques de forte puissance suivant le principe de l'arc chantant proposé par l'ingénieur anglais William DUDDELL (1872-1917) vers 1900.

Avec cette nouvelle installation, la communication est établie avec l'Amérique, sauf les mois d'été en raison des décharges atmosphériques parasites.

Des perfectionnements importants sont apportés aux installations à l'initiative du Commandant Chaulard.

Les 8 pylônes de 120 mètres sont remplacés par 2 pylônes de 200 mètres et 6 pylônes de 180 mètres. La prise de terre est améliorée. On peut désormais rester en liaison avec l'Amérique toute l'année.



Disposition d'une antenne dite "en nappe" du type de celle qui était installée à LYON

Au début de 1919, des "ARCS" de 200 kW antenne sont mis en service.

Alternateur de LYON-La-DOUA

En parallèle à la mise en place de cet émetteur à arc, l'Administration militaire passe commande à 2 constructeurs d'alternateurs Haute-Fréquence, technologie qui semble très prometteuse .

La Société Alsacienne de Constructions Mécaniques (SACM) à Belfort réalise une machine et résoud les problèmes difficiles de tenue mécanique en exploitation (vibrations) et de fiabilité (partie électrique).

En Juillet 1919, un Alternateur Haute Fréquence est donc installé à Lyon. Conçu par Messieurs Béthenod et Latour, ce matériel va rapidement montrer de très grandes qualités et devenir une référence mondiale.

Il sonne le glas de la génération des émetteurs à arc dont le faible rendement et les contraintes d'exploitation ne sont pas à la hauteur de ces machines tournantes de nouvelle conception.

De nombreux exemplaires seront commandés rapidement en particulier pour équiper le réseau de communication avec nos colonies.

Tournant à 3000 tours par minute, le modèle installé à LYON émet sur une fréquence de 20.000 Hertz (15 000 m de longueur d'onde) avec une puissance de 200 kW antenne.

L'alternateur ouvert est représentée sur l'image ci-dessus (machine d'origine conservée au Musée Ampère à Poléymieux).

La station de LYON sera dorénavant capté parfaitement depuis Washington et même depuis des contrées beaucoup plus très lointaines (du Congo Belge à Shangaï, des Philippines à la Nouvelle Zélande).

Ce matériel de qualité place LYON - LA DOUA au premier rang des postes français.



Alternateur HF du poste de LYON
A l'arrière plan la génératrice à courant continu

On ne peut passer sous silence, les travaux réalisés à LYON dans le domaine de l'écoute.

Sous la responsabilité du capitaine Chaulard, des tests de réceptions sur cadre permettront de mettre au point des dispositions et des matériels qui reçoivent les messages lointains à proximité des émetteurs puissants et sans être génées par eux.

Les liaisons dites en Duplex deviendront ainsi possible.

La capacité à écouter des messages ennemis en milieu perturbé sera aussi améliorée ce qui représentera un élément très important en cas de conflit.

On peut affirmer aujourd'hui, que le poste de LYON à vraiment été pendant toute la Grande Guerre à la tête du progrès dans le domaine naissant de la radiotechnique.


  • 1921 - Les installations passent en fin d'année sous la responsabilité de l'administration des P.T.T.. L'émetteur primitif à étincelles n'est plus utilisé. Des émetteurs à lampes sont installés : longueur d'onde 3500 mètres pour les liaisons avec l’Europe.

  • 1930 - Mise en service de deux Emetteurs Ondes Courtes de 15 et 45 mètres.

  • 1942 - La marine allemande utilise l'Alternateur Haute Fréquence pour communiquer avec ses submersibles en plongée. Les fréquences très basses pénètrent sous la mer.

  • 1943 - Installation de 2 émetteurs de télégraphie du type Thénieux 20 Kw O.C. et de 3 aériens en losange.

  • 1944 - Fin Août, les Allemands partent. "A coup de masse, ils cassent tout. Les pylônes tombent ensuite."

  • 1945 - La reconstruction aboutit à la mise en service de trois émetteurs "ondes longues" et douze émetteurs "ondes courtes".

  • 1960 - La station est déménagée à SAINT-ANDRE-DE-CORCY dans l'Ain (déplacement des pylônes de 200 m qui seront ferraillés en 1993).

Anciens bâtiments de la Station LYON -la-DOUA
Campus de LYON-La-DOUA
Centre de documentation de Institut National des Sciences Appliquées - INSA.
Ancien bâtiment technique de l'émetteur de LYON
L'antenne arrivait dans la petite tourelle en arrière plan

les antennes de la Station LYON -la-DOUA
Caserne de LYON-La-DOUA
Pavillon des sous-oficiers.
A l'arrière plan les antennes de l'émetteur
Ce bâtiment devait être situé près de l'actuelle entrée de l'INSA

La partie importante de l'Alternateur Haute Fréquence qui a fonctionné de 1919 à 1944 (125.000 heures), est conservée à la MAISON AMPERE à POLEYMIEUX dans le département du Rhône (voir adresse à la page AMPERE).


Vue du site vers 1960
Cliquez pour agrandir


Sources :

  1. Archives municipales de Villeurbannes
  2. Document INSA - LYON La DOUA - un site d'exception 1914/1960- Exposition de juin 1998
  3. Musée Ampère à Poléymieux
  4. Le Général FERRIE et la naissance de la TSF en FRANCE - Ouvrage du centenaire - Edition Progrès et Sciences.
  5. la magnifique histoire de la RADIO à LYON écrite par M. Michel SIMEON et reprise par son fils Pascal sous forme d'un site accessible sur le web à l'adresse suivante : http://pascalsimeon.free.fr
  6. La Nature N° 2385 et 2386 des 13 et 20 décembre 1919 - CNUM 4KY28.97

© 2000-2007 Pierre Dessapt