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Lampe à arc du phare de la Hève (près du Havre)
Premier phare électrifié en France
Installation mise en service en décembre 1863
La lampe éclairait grâce au courant fourni par une machine magnéto-électrique
de la Compagnie l'Alliance entraînée par une machine à vapeur (voir Nollet).

Les machines de la Compagnie l'Alliance seront démontées en 1893 et remplacées par 2 dynamos (70 V, 25 à 100 A) et 2 magnétos Méritens à courant alternatif (40 à 55 V, 25 à 100 A). Le système optique du phare nord sera remplacé par un système tournant sur bain de mercure capable d'une rotation en 20 secondes (appareil à lentilles de Fresnel à 4 paneaux). Le phare sud sera supprimé en tant que phare de grand attérage et servira uniquement de feu de direction pour les navires mouillant sur rade puis il sera définitivement éteint.

Le flux lumineux sera fourni par une lampe à arc jusqu'en 1924. Elle sera remplacée à cette date par une lampe à incandescence.

Ce phare restera longtemps le plus puissant du monde avec un éclairage à arc électrique évalué à 2 500 000 carcels et une portée de 130 miles marins ((près de 250 km). A titre de comparaison, l'ancien éclairage à optique fixe avait une puissance de 4 500 carcels et une portée inférieure à 60 miles.

On peut noter les énormes progrès techniques réalisés en une trentaine d'année.

Depuis cette date, bien sûr, les technologies des lampes n'ont pas cessées de progresser. De nos jours les phares sont équipés de lampes à décharges ou de lampes à halogènes qui, pour des tailles à peine plus grosses que celles de nos lampes domestiques, émettent un flux lumineux énorme pour une puissance électrique unitaire de 1,000 à 2,000 watt. L'intensité lumineuse des phares actuels atteint facilement les 15 millions (15 000 000) de carcels !

Exemple de lampe équipant les phares modernes
Phare à fonctionnement automatique sans présence humaine (Nobska, MA USA)
Lampe halogène de 1,000 Watt au foyer d'une lentille de Fresnel
4 lampes sont montées sur un barillet ce qui permet une remise en service immédiate en cas de défaillance.

Pour les curieux, enfin, un peu de photomètrie.

Le Carcel est, comme tout le monde le sait, l'intensité d'une lampe règlée de manière à brûler 42 g d'huile de colza épurée par heure.

A ne pas confondre avec le candle anglais qui correspond à l'intensité d'une bougie, en blanc de baleine, consommant 7,77 g par heure !

...... Ah ! si Elton Johnes avait su.

Le Carcel vaut environ 0.5 Violle (voir la biographie de ce savant).

Mais ces unités fluctuantes ne satisfont pas les savants. En 1948, la 9ième Conférence Générale des Poids et Mesures définit le candela (cd) comme unité universelle d'intensité lumineuse.

La définition du candela sera reprise en 1979 par la 16ième Conférence Générale des Poids et Mesures pour en faire une unité dérivée du mètre du kilogramme et de la seconde.

Vous ne pouvez en ignorer la définition :

le candela est l'intensité lumineuse dans une direction donnée d'une source qui émet un rayonnement monochromatique de fréquence 540.10^12 Hz et dont l'intensité énergétique est de 1/683 watt par stéradian.

Vous y voyez plus clair maintenant !

Alors combien de carcels vaut un cancela ... A vous de chercher ! Vous voyez la photomètrie ... mais c'est très simple !!!

Les 2 phares identiques de 17 m du Cap de la Hève construits sur la falaise vers 1774
Maupassant écrivait dans Pierre et Jean :
"les deux phares électriques du cap de la Hève, semblables à deux cyclopes monstrueux et jumeaux,
jetaient sur la mer leurs longs et puissants regards".

Les 2 phares vers 1920.
Les bâtiments ont été bombardés en 1944 et n'existent plus aujourd'hui


Phare de Gatteville

Le phare de Gatteville - Normandie - Barfleur

Le phare de Gatteville est un autre exemple de l'introduction de l'éclairage électrique pour la sécurisation des côtes françaises.

Vers 1774, un premier phare constitué par une tour de 27 mètres de hauteur à l'architecture très sobre est construit sur la pointe la plus avancée du cap de Barfleur en Normandie pour guider les navigateurs dans le dangereux passage du raz de Barfleur.

Initialement éclairé par un feu au charbon, il sera équipé un peu plus tard d'une sortes de réverbère constitué par seize lampes à huile, qui permettra d'améliorer considérablement, pour l'époque, la portée de l'installation.

En 1828, C.F. Morice De la Rue , ingénieur des Ponts et Chaussées et polytechnicien, est chargé d'étudier la construction d'un nouveau phare. L'absence de falaise à cet endroit de la côte oblige à construire une structure de grande hauteur pour répondre au cahier des charges de portée lumineuse.

Il est décidé de construire un nouvel édifice à quelques dizaines de mètre de l'ancien phare.

Le nouveau phare de Gatteville d'une hauteur de 75 m sera à l'époque le plus haut édifice du monde. Il profitera des découvertes de Augustin Fresnel en matière d'optique (lentilles à échelons) et le placera au premier rang des installations de sécurisation maritimes.

L'ancien phare sera conservé et transformé en sémaphore.

En 1893, le phare est électrifié. L'image ci-dessus montre une vue de la dymamo qui apportait l'énergie électrique à la lampe.

C'est une machine du type de la machine magnéto-électrique de la Compagnie l'Alliance entraînée par une machine à vapeur et qui équipera de nombreux phares à l'époque dont celui de La Hève.

Aujourd'hui le phare est entièrement automatisé et est éclairé par une lampe au xénon de 1,600 watts qui permet une visibilité de 29 milles (56 km).

Sources :

L'année scientifique et Industrielle - Louis Figuier - PARIS Librairie Hachette et Cie - 1894

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