Raconte-moi la radio

L'exploration des Terres Lointaines

Les limites techniques et les dangers potentiels n'avaient pas permis à la fin du 19ième siècle d'explorer un certain nombre de zones de notre planète et en particulier les zones les plus hostiles de l'Arctique et de l'Antarctique.

Le Pôle Nord

L'Arctique est une immense partie de notre planète qui a une superficie de plus de 38 fois celle de la France soit plus de 3 fois la superficie du Canada ou des Etats-Unis.

Elle comprend le nord des terres qui l'entourent mais la majeure partie de l'Arctique est un océan recouvert aux trois quarts par des glaces permanentes.

Pendant l'Antiquité, la légende de l'Hyperborée décrit l'Arctique comme un paradis où des géants pacifistes cohabitent avec les dieux. Mais dès le 5ième siècle avant J-C, l'historien Hérodote parle d'une région où règne pendant 8 mois un froid absolument insupportable.

Iceberg

Les Vikings sont vraisemblablement les premiers découvreurs de ces terres du Nord. Ils atteignent l'Islande au 9ième siècle.

Au cours des siècles suivants, de nombreux explorateurs vont chercher une route au Nord pour rejoindre la Chine et ses épices, de façon à contourner les itinéraires du Sud contrôlés par l'Espagne et le Portugal.

Mais il faudra attendre le début 19ième siècle, période à laquelle l'Angleterre relance la conquête de l'Arctique, pour qu'une exploration scientifique et systématique soit faite de ce vaste territoire.

Qui de Robert Peary en 1909 ou de Frederic Cook en 1908 a été le premier à atteindre le pôle Nord ? Les historiens ont semble-t-il du mal à répondre à la question.

Ce qui est certain, c'est qu'il faudra attendre 1958 pour que le "Nautilus", premier sous-marin à propulsion nucléaire, navigue sous la glace de l'Arctique et passe sous le pôle Nord.

Il est évident que le développement de la T.S.F. et l'amélioration des matériels de radio jouera un rôle essentiel dans les différentes expéditions terrestres, aériennes ou sous-marines qui permirent d'obtenir une cartographie précise de ces zones polaires jusqu'alors encore peu connues.

Le pôle Sud

Une fois que le pôle Nord fut atteint, ce fut au tour du pôle Sud d'attirer les explorateurs.

L'Antarctique, cette Terra Australis, vaste continent au sud du globe, ne sera découverte et explorée en effet que bien plus tard.

En 1773, c'est James Cook qui franchit le cercle polaire antarctique pour la première fois. Il ne s'approcha cependant pas suffisamment du continent pour le voir et ne découvrit que quelques îles.

Dumont d'Urville

La véritable conquête de l'Antarctique commençera de façon méthodique en 1895 après le 6ième congrès international de géographie qui avait eu lieu au London Imperial Institut. Les membres de cette honorable Société Savante avaient en effet voté cette année là une résolution suivant laquelle ils déclaraient que "l'exploration des régions antarctiques est le plus grand espace d’exploration géographique à pouvoir être encore entrepris" et ils prièrent les savants du monde entier d'y organiser des expéditions.

Après bien des tentatives infructueuses et des victimes, le norvégien Roald Amundsen fut le premier à atteindre le pôle Sud en décembre 1911. Son concurrent dans cette course, le britannique Robert Falcon Scott qui atteignit aussi le pôle un mois plus tard, perdit la vie sur la route du retour dans un blizzard qui causa la mort de tous les membres de cette expédition.

Afin d'explorer avec la logistique nécessaire ces terres inhospitalières, différents pays installèrent dès le début du siècle derniers, des bases scientifiques et techniques en limite du continent antarctique. Si elles étaient équipé de tout un matériel de recherche en physique du globe mais aussi en moyens d'analyses chimiques, biochimiques et biologiques etc, elles comportaient toutes une station de radio qui permettait de garder le contact et éventuellement de demander secours à des stations relais en mer ou sur des terres plus lointaines.

Toutes les missions engagées dans l'exploration des zones polaires disposent de nos jours de matériels scientifiques permettant d'apporter des informations dans les principaux domaines suivants : étude du champ magnétique terrestre, étude de l’ionosphère, étude de la calotte glaciaire, étude sismique, étude de la faune et de la flore, études géologiques, études climatologiques, relevés cartographiques. Ces données sont mises à disposition de la communauté scientifique internationale qui peut les exploiter au bénéfice de la connaissance de notre planète et de ses modes de fonctionnement.

Bien sûr, de nos jours ces stations disposent de relais par satellites, mais au début de la T.S.F, les liaisons étaient techniquement plus difficiles et la fiabilité des matériels souffrait de la rudesse du climat et des difficultés de maintenance. Imaginez les difficultés à maintenir en place de grandes antennes sous un blizzard glacial qui emporte tout, casse les fils sous le poids du gel et emdommage les stations de production de courant.

Pour illustrer ce point, voici le récit d'une histoire vécue par une expédition dans les années 1955. Entre 1955 et 1959 se déroulent en effet une série de missions en Antarctique faisant partie du programme de l’Année Géophysique Internationale.

Galeno
Toute l’équipe française s’installe à la base Dumont d’Urville exeptés trois scientifiques, qui partent s’installer à 300 km au Sud de la base Charcot en un lieu choisi pour sa proximité du pôle sud magnétique. Les trois hommes de l'équipe Charcot devront vivre dans un isolement total et n’auront comme seul contact avec la base Dumont d’Urville que les liaisons radio (opérateurs Pierre Manuel et René Merle côté Dumont d'Urville). Le 6 Mars 1957, les émissions radio Charcot cessent. C’est le silence absolu pendant plusieurs semaines. L’équipe Charcot disposait pourtant de trois émetteurs dont un fonctionnant sur une génératrice à main. Ce silence radio inquiète beaucoup René Merle qui suppose que quelque chose de grave est arrivé. Il maintient une écoute permanente, espérant à tout instant recevoir un signe de vie de la part de ses amis isolés dans les glaces. Au bout de plusieurs jours, il reçoit enfin un faible signal avec l'indicatif de la station de Charcot. Il a confirmation que ses amis sont bien vivants et en bonne santé.

Mais que c’était-il donc passé ?

Le froid avait bloqué l’éolienne et il n'avait pas été possible de mettre en route le groupe électrogène compte tenu des risques d’asphyxie par le monoxyde de carbone. Quant à la génératrice à main, elle avait été entreposée dans un abri isolé et malgré la fixation d’un jalon, l’épaisseur de neige et de glace était telle qu’il avait été impossible de la retrouver.

Cet exemple montre combien la Radio a joué un rôle esentiel dans l'exploration des territoires polaires. Elle montre aussi l'extrême difficulté - qui existe encore de nos jours bien sûr - à vivre dans ces contrées très hostiles où la moindre défaillance du matériel, le moindre faux pas ou le petit détail oublié peuvent mettre en péril la vie d'une équipe toute entière.

Lors de l'hivernage de 2007 de la station Concordia (nouvelle station de recherche permanente franco-italienne installée depuis 1997 sur le plateau Antarctique à une altitude de 3 233 mètres et distante d'environ 1 100 km de la base Dumont d'Urville) il a été noté des températures extrêmes de l'ordre de -80 °C.

Chaque mission est constituée d'une douzaine de personnes (scientifiques, mécanicien, cuisinier, médecin, ...) qui doivent vivre pendant plusieurs mois en totale autonomie. Il y a toujours un opérateur radio (aujourd'hui spécialiste Télécom et informaticien) dont le travail consiste à maintenir et assurer les liaisons hertziennes avec les centres de contrôle et de relais situés en divers points du monde via des liaisons satellitaires.

A ces températures, aucun véhicule terrestre n'est à même de se déplacer et les hommes ne peuvent sortir à l'extérieur que munis de combinaisons spéciales type astronautes.

L'image ci-après montre une station de l'époque "héroïque". On peut noter l'aspect primitif des locaux, constitués d'une simple cabane en bois. La tenue de l'opérateur laisse à penser que la température à l'intérieur du local n'est pas très élevée !

Base Dumont d'Urville
Terres australes et antarctiques françaises - TAAF
Station Radioamateur sur la base Dumont d'Urville en Terre Adélie

Pour terminer, s'il convient de retenir un nom de ces pionniers qui nous ont permis de mieux connaitre et comprendre notre monde, citons celui de Paul-Émile Victor, chef d'expédition, ethnologue français qui en 1934 entamera une étude des Inuit. Ce brillant scientifique notera, dessinera et photographiera tout ce qu'il voyait, laissant ainsi aux générations futures des informations du plus grand intérêt.

PaulEmileVictor

N'oublions pas aussi les nombreux opérateurs radio qui ont accompagné les différentes expéditions polaires et ont permis de sécuriser la vie difficile des explorateurs, scientifiques et personnels d'accompagnement.

Depuis sa création, l’Ecole Centrale de TSF (aujourd'hui ECE) a entretenu des liens très privilégiés avec les expéditions polaires, d’abord celle du commandant Charcot, puis celles de Paul-Emile Victor qui en 1946 était parvenu à convaincre le gouvernement français d’organiser des expéditions scientifiques au Groenland et en Terre Adélie. On retrouvera dans ces différentes expéditions des opérateurs radios issus de cette école parmi lesquels certains comme René Merle ou Mario Marret (1920-2000) qui deviendront même chefs d’expédition.

On se doit de citer aussi des Hommes de valeur comme l'ethnologue et écrivain Jean Malaurie ou le reporter photographe Yann Arthus-Bertrand qui ont fait prendre conscience à de nombreux habitants de notre terre de la beauté, mais aussi de l'immense fragilité de notre planète.

La Radio reste encore aujoud'hui un média important dans la diffusion d'informations majeures sur notre monde et la télévison hertzienne qu'elle soit analogique ou maintenant numérique apporte des images puissantes et d'une grande beauté sur des contrées que peu de gens auront la chance de découvrir de visu.


Sources :

  1. Les sites web sur le sujet
  2. Image d'époque - Revue géographique
  3. ECE Paris, école d'ingénieurs : 90 ans d'histoire

© 2000-2007 Pierre Dessapt